Mardi 6 janvier 2009 2 06 /01 /2009 00:13

A lecture du pitch de Two lovers, tout mâle normalement constitué esquisse un mouvement de rejet immédiat. Il faut nous comprendre, un mélo de base à 99% de chances d’être chiant, mou et calibré pour un public de nanas à l’exigence toute relative (attention, je ne dis pas que les femmes n’ont aucun goût, c’est simplement  qu’en matière de films larmoyants, elles baissent leurs critères qualitatifs de façon drastique. Un peu comme nous avec les films de kung fu, un samedi soir entre potes). Qui plus est, un mélo incluant au casting Gwyneth Palthrow fait augmenter la probabilité de nullité du film à 99,9%.

 

Mais il s’avère que Two Lovers est très bon.

 

Et ce pour deux raisons toutes simples, évidentes mêmes, qui font qu’un film au scénar sans prétention peut tutoyer les cimes de notre bon vieux septième art.

Une réalisation exemplaire, des acteurs excellents.

Gray sait se faire à la fois intimiste, contemplatif et réaliste. Saisissant la beauté de l’instant dans chacun des regards de ses acteurs il nous place au cœur même de la scène, de l’émotion. L’effet est à ce point réussi que l’on a l’impression d’assister au spectacle en temps réel.

Et perdus au milieu de tout ça, les acteurs font don de leur corps à la pellicule, possédés qu’ils sont par leurs personnages.

On savait Joaquim Phoenix excellent, mais Gwyneth Palthrow étonne ici en décrochant littéralement le rôle de sa vie.

 

Et rendre Gwyneth potable à l’écran est probablement le véritable exploit de ce dernier bon film de 2008.




Par Mars - Publié dans : Ciné
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Mercredi 17 décembre 2008 3 17 /12 /2008 10:11

Kitamura est un grand malade. Remarquez, le Japon est une terre propice à l’accueil d’excentriques de tout poil, et le cinéma n’a pas été épargné par la déferlante. Aux cotés d’un Miike (Audition) et d’un Tsukamoto (Tetsuo), le petit Ryuhei n’a pas à rougir en terme de folie créatrice. Géniteur de films plus ou moins réussis, ayant tous pour point commun un goût prononcé pour le gore et une réalisation héritée de l’animation japonaise,  il prend aujourd’hui sa petite barque pour traverser le pacifique à la rencontre du dieu Hollywood.


A cette occasion, il s’attelle à l’adaptation d’une nouvelle du GRAND Clive Barker, docteur es frissons, tripes & monstres en tous genres. Et si je ne m’abuse, c’est une première pour le nippon qui, s’il est friand de gore, ne s’est jamais confronté au genre horrifique en tant que tel.

Résultat mi figue mi raisin pour une bobine bénéficiant de la personnalité de son auteur (lumière léchée, plans plutôt élaborés, violence percutante) mais loupant quelque peu sa mission principale : nous faire flipper notre race.


On a donc un scénario de série B au départ complètement classique (la poursuite d’un supposé tueur en série officiant dans le métro) virant de bord à mi-chemin pour offrir quelques surprises que je n’oserais pas déflorer.


Agréable à suivre sans être ultra prenant, un cast convaincant issu de l’univers télé, quelques bonnes idées égrenées subtilement, n’attendez pas un chez d’œuvre, mais une sympathique petite bande horrifique sans grande prétention.




Par Mars - Publié dans : Ciné
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Lundi 15 décembre 2008 1 15 /12 /2008 11:42
Ces dernières semaines la crise est partout. Dans votre porte monnaie criant famine à l’approche de Noël, à l’intérieur d’un Parti Socialiste qui mériterait un ravalement de façade au napalm, mais également dans nos salles obscures abandonnées par le pop corn. Il manque bien un « petit » Clint Eastwood à mon tableau de chasse, mais en dehors de ça, rien qui ne me donne suffisamment envie de sortir de ma grotte.
Le nouveau Coen fût donc sans hésiter une bonne occasion de renouer avec le monde réel. Sortir pour s’enfermer dans une salle a toujours été le paradoxe du cinéphile agoraphobe sur la voie de la guérison.

L’avantage avec les réalisateurs couronnés de succès, les auteurs authentiques, c’est qu’on minimise le risque de la déception. Alors évidemment, personne n’est à l’abri du navet, mais il est clair qu’un Coen moyen se hisse sans peine au dessus du niveau la mer.

Car c’est bien d’un Coen moyen dont il est question ici. Un script bateau, narrant les mésaventures de personnages incroyablement communs, confrontés à des situations hors-du-commun, le tout saupoudré de quiproquos en pagaille. Comme d’hab chez les frérots de la Couenne, ça sent bon l’inspiration 50’s mais quelque part tout cela manque cruellement d’ambition et méritait de passer à la vitesse supérieur. Il nous reste au final une inévitable saveur d’amère frustration que le casting 4 étoiles jouant trop à contre-emploi pour être honnête (le perso de Brad Pitt, sans le décalage qu’il fournit avec son interprète n’aurait strictement aucun intérêt) ne parvient pas à dissiper.

Par Mars - Publié dans : Ciné
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Mardi 9 décembre 2008 2 09 /12 /2008 16:28

Une fois n’est pas coutume, je m’attelle aujourd’hui à un sujet que je ne maîtrise qu’à moitié (voire au quart), à savoir Frank Zappa, sa vie, son œuvre, le fruit de sa pensée. Les lecteurs les plus avisés sauront me rassurer en m’expliquant qu’un critique, qu’il soit amateur ou non, ne sait de toutes manières pas vraiment de quoi il parle. Je suis donc dans la norme et en suis rassuré.

 

Pour les néophytes, vous introduire à Frank Zappa en quelques lignes alors qu’il en mérite des centaines serait un exercice parfaitement vain. Jetez donc une oreille à Hot Rats et à quelques unes de ses performances live, vous devriez saisir quelques infimes bribes du cerveau de cet extra terrestre. Artiste au sens premier du terme, il ne vit sur cette planète que dans un seul but : créer. Sans aucune contrainte. Avant-gardiste, il s’affranchit donc régulièrement de toute règle classique de composition et s’autorise tous les délires, toutes les fusions, toutes les expérimentations.

 

Cet ouvrage s’apparente à un gigantesque kouglof. On y trouve tout d’abord un délicieux nappage sucré constitué des multiples traits d'humour satirique dont le bonhomme a su parsemer son oeuvre.

Puis on attaque le cœur du gâteau : un assemblage plus ou moins digeste de réflexions et d’anecdotes classées par ordre euuh… dans quel ordre exactement ?? Parfois chronologique, parfois par thème, au grès de ses humeurs. On y puise donc a l’envie, on saute des pages sans scrupule pour y revenir par la suite (ou pas), on s’attarde sur les passages qui nous confrontent à nos propres convictions. Car il est autant question ici de musique (de façon pointue, il y aborde ses méthodes de composition, ses influences, son rapport à l’orchestre classique) que de religion (le bouquin prend parfois des allures de pamphlet anti-évangéliste ou tout simplement athéiste) ou de politique (son engagement n’est plus à prouver, il a eu fort à faire avec les conservateurs de tout poil).

 

Un ouvrage tortueux, reflet réaliste d’une personnalité déjantée, adepte d’une transgression musicale et intellectuelle qui nous manque aujourd'hui cruellement.

 

Je terminerais cet article (qui atteindra alors une longueur phénoménale) en citant le passage qui m’a littéralement sidéré.

Visionnaire, il mis en chantier plusieurs projets qui se ramassèrent lamentablement.

Jugez plutôt de celui-ci, datant à priori de 83 :   

 

Notre proposition : tirer avantage des aspects positifs d’une tendance négative qui frappe aujourd’hui l’industrie du disque : le piratage domestique sur cassettes de la production sur vinyle.

Prenons conscience, avant tout, que les enregistrements de cassettes à partir d’albums ne sont pas nécessairement motivés par la « radinerie » des consommateurs. Si l’on enregistre une cassette à partir d’un disque, la copie rendra certainement un son de meilleure qualité que celle d’une cassette commerciale dupliquée à haute vitesse, produite à bon droit par l’éditeur.

 

Nous proposons d’acheter les droits de reproduction numérique des meilleurs œuvres de fond de catalogue que les maisons de disques peinent à écouler, de les centraliser sur un serveur, puis de les connecter par le téléphone ou le câble directement au magnétophone de l’utilisateur. (s’en suit un descriptif du matériel technique requis par le dit utilisateur)…….

Le décompte du paiement des royalties, la facturation à l’acheteur, etc., seraient automatiquement assurés par la gestion informatisée du système.

Le client s’abonne à une famille thématique ou davantage et se voit facturé mensuellement quel que soit le volume de musique qu’il souhaite enregistrer.

Proposer un tel volume de catalogue à prix réduit ne peut que faire chuter la tendance à la copie et au stockage, puisque l’offre est permanente, de jour comme de nuit.

(puis il termine en parlant du téléchargement de pochettes et paroles)

 

Je récapitule. A une époque où le CD et Internet n’étaient que de vagues projets, Frank Zappa invente le téléchargement musical, le concept de longue traîne (basé sur la rentabilité du fond de catalogue, très populaire chez les économistes du  web) et au final un modèle économique pour lutter contre le piratage. 

Bravo l’artiste.

 

Par Mars - Publié dans : Bouquins
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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /2008 10:49

J’adore le cinéma de Hong Kong. Sa diversité, sa folie créatrice, sa maîtrise de la grammaire cinématographique, ses prises de risques.


  Malheureusement, Peace Hotel n’est rien de tout cela. Tout juste une bonne blague à partager entre potes un soir de beuverie, ou un attrape couillon parfaitement marketé, tout émoustillé que l’on puisse être face à un packaging flamboyant, surplombé de la mention suprême « avec Chow yun fat, produit par John Woo ». A la vision du désastre, nul doute que le premier devait être criblé de dettes et le second complètement fauché. 


Déjà, pour se farcir un Western chinois, il faut faire preuve d’une ouverture d’esprit à la limite du raisonnable. Etre adepte du bouddhisme ou de la ganja peut aider. Si comme moi vous ne faites parti d’aucune de ces castes, vous chercherez légitimement un os à ronger sur cette carcasse déjà peu ragoûtante.  


Pas de chance, y a pas de scénario.

Too bad, les 2 scènes d’action sont soit filmées hors champ, soit noyées sous un déluge d’effets irritants.

Kein Glück, les acteurs sont affligeants.

 

Avant-hier, je suis tombé sur une encyclopédie du ciné HK, et une pleine page portait ce titre : « La musique, le point faible du cinéma de Hong Kong ».

Ce mec avait dû subir Peace Hotel et sa musique synthétique ininterrompue  qui ferait craquer plus d'un trader au bord du gouffre. Ceci dit, ce n’est que le 15e point faible d’une liste déjà sacrément longue.

 

Je récapitule, si vous avez parfaitement saisi la substantifique moelle de cette critique, vous rirez au nez du vendeur qui vous le conseillera, vous bannirez l’ami qui vous le prêtera, vous fuirez celui qui vous le donnera (votre futur pire ennemi, à ne pas en douter).

Par Mars - Publié dans : Ciné
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